Mathilde Arlon

 

Fabienne Delvigne, créatrice de chapeaux, est fournisseur breveté de la Cour. Elle parle ici des codes de représentation de la royauté.

Fabienne Delvigne est spécialisée dans la création et la fabrication de chapeaux, de sacs, et d’accessoires haute couture depuis 1987. Elle travaille au service de la cour depuis 18 ans, et possède la fameuse appellation de “fournisseur breveté de la Cour”, depuis 12 ans. A ce titre, elle est impliquée dans les festivités à venir de ce week-end. Entre deux commandes qu’on imagine “royales”, elle prend le temps de répondre à quelques-unes de nos questions. A demi-mot, car certaines choses doivent rester secrètes pour maintenir l’effet de surprise lié à un événement historique. “Nous travaillons pour plusieurs membres de la famille royale, mais nous ne pouvons pas les nommer. Nous nous adaptons à l’événement même si certaines choses ont été convenues bien à l’avance. Mais vu les circonstances, il y a certains changements”.

Vous avez la nécessité de créer quelque chose qui convient aux personnes en représentation. Comment procédez-vous ?

C’est toujours un échange, je viens avec des propositions et je m’adapte aux désirs de chacun et à la circonstance. Si c’est un mariage royal, nous pouvons nous permettre d’être plus originaux, voire spectaculaires, car la taille du chapeau, par exemple, a moins d’importance. Si c’est une visite d’état, les accessoires seront plus discrets, mieux adaptés, moins ostentatoires.

Dans le cas de la passation de pouvoir, on est dans la grandeur. Mais il faut aussi positionner les nouveaux souverains. Alors, plutôt modèle exceptionnel ou discret ?

Le choix dépend surtout du tempérament de la personne qui portera le chapeau. Un point clé : que nos créations ne cachent pas les visages car les souverains doivent pouvoir être vus de tous, le jour J. Et il ne faut pas non plus gêner les caméras et les photographes.

Vous devez réfléchir à la manière dont les visages et les attitudes sont perçus.

Nous prenons d’abord en compte les goûts de la famille royale. Ayant eu l’occasion de faire plusieurs créations pour elle, je sais par exemple que la reine aime certains coloris plus naturels et que la princesse Mathilde est attirée par différents styles. Il est important pour moi de ne pas dénaturer la personnalité de celui ou celle qui porte un de mes chapeaux. Il faut que la personne reste elle-même. Le chapeau est là pour révéler son élégance, son charisme, son caractère.

Selon vous, une tête couronnée en représentation doit-elle porter un chapeau ?

“Chapeau” est un terme assez vaste. Cela peut aussi être une coiffe ou un bijou de tête. Je pense qu’il est judicieux de porter un chapeau car il contribue à la visibilité, à la prestance et à la silhouette. C’est un peu comme une couronne. Regardez la reine d’Angleterre, elle ne sort pas sans chapeau, c’est une façon de la retrouver dans la foule. Ça donne un effet très glamour. Depuis que Maxima des Pays-Bas est reine, tout le monde dit qu’elle est splendide. Nous travaillons beaucoup pour elle et elle a toujours beaucoup joué sur le chapeau pour affirmer son style. Un chapeau donne une note d’élégance. D’ailleurs, pourquoi ces princesses nous font rêver ? Ce sont les personnages de nos romans d’enfants, de nos dessins animés. Toujours est-il que le chapeau est un élément important de la représentation inconsciente que nous avons de la fonction royale.

Le chapeau fait donc partie de l’image royale.

Chaque famille royale a ses codes. En Angleterre, il est impensable de voir la reine sans chapeau. Chez nous, en Belgique, ça n’est pas comme ça. Les femmes de la famille royale ne portent des chapeaux que pour certaines occasions. La reine Paola a relancé le chapeau en Belgique. Au temps de la reine Fabiola, on ne portait plus de chapeaux. Depuis que la reine Paola est reine, elle a toujours porté un chapeau le 21 juillet. Elle a compris que cela donne plus de force à l’événement.

Création et obligation des codes à respecter : comment mixer les deux ? Le chapeau est un peu comme une “couronne habillée”…

Féminin, élégant et léger : trois critères qui sont importants pour moi et que je vais moduler pour m’adapter à la circonstance et à la personne. Féminin, car je veux mettre en valeur la féminité de celles qui portent mes créations. Et puis, il faut jouer sur les avantages que nous avons ! Elégant car il ne faut pas non plus qu’un chapeau soit un déguisement – même s’il peut parfois être spectaculaire. Il faut que ce soit de bon goût et traduise une certaine classe. Quant à la légèreté, c’est une façon de travailler la matière. J’aime sculpter et draper les matières.

Quels sont les goûts de la future reine Mathilde, que vous avez souvent coiffée ?

La princesse Mathilde aime les matières modernes, les couleurs chaudes. Elle a un goût très pointu dans tout ce qui est élégance. C’est important pour elle.

Aurore Vaucelle, pour La Libre Belgique